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vendredi 23 décembre 2016

Tu fais quoi dans la vie ?

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Tu fais quoi dans la vie ?

Tu connais ce moment, on se rencontre, on se retrouve et tu vas me poser cette question : « Tu fais quoi dans la vie ? » Tu sais quoi répondre, toi ? Moi, plus vraiment. Il y a quelque mois je pouvais encore répondre « chef de projet en e-santé ». C'était un beau travail. Mais est-ce que ça aidait à comprendre ce que je faisais dans la vie ? Non, ça permettait de savoir à quoi je dévouais quarante heures par semaine. Fais le calcul, il reste 128 heures dont on ne parle pas. Aujourd’hui, je ne suis plus « active », je suis au chômage. Spoiler alert : je n'ai jamais autant travaillé. J'ai retrouvé la liberté de disposer de mon temps. Je l'explore. Le temps est notre seule vraie richesse, même si personne ne sait combien il lui reste à dépenser. Alors je peux simplement t'expliquer à qui et à quoi je donne ce temps. Des idées, des projets pour avancer. Mais pour l'instant ce n'est pas ce que tu appelles un travail. Pour l'instant, ça ne m'aide pas à payer mon loyer. C'est juste ce que je fais dans la vie.

T'es sérieux, toi ?

Pour certains, ce qui est sérieux, c'est de ne pas rester au chômage, ne pas perdre son temps. Je répondrais que ce qui est sérieux, c'est de trouver un projet pour lequel on est prêt à donner son temps. Il existe encore un mythe qui voudrait nous faire croire que l'on existe seulement par son travail, qu'exhiber un poste suffit à faire de nous quelqu'un de sérieux. Mais as-tu déjà rencontré cette personne en pleine parade, prête à te démontrer toutes ses qualités de professionnel, déployant tous ses atours pour bien faire comprendre à son public que c'est quelqu'un de sérieux ? Problème, cette personne n'est concentrée que sur elle. Souvent elle ne dit rien. Elle perd son temps et te fait perdre le tien. Elle a confondu être sérieux et se prendre au sérieux. C’est aussi triste que ridicule. Que tu sois en costard ou en jean, directeur ou stagiaire, que tu aies un chignon ou un stylo dans les cheveux, je m'en fous. Ce qui compte, c'est ce que tu dis, ce que tu fais. J'ai rencontré trop de « grands professionnels » qui dédiaient leur temps au vide, occupés à justifier leur rang en brassant de l'air. Ils ont confondu leur travail et leur égo. Ils t'ont volé ton temps, ils ne me voleront plus le mien.

Pourquoi tu travailles ?

C'est ce que j'aimerais te demander. Peut-être que ça ne se pose pas comme question. Moi, je me la suis posée. J'ai compris que beaucoup confondent emploi et travail. Parfois oui, ils se confondent. Mais parfois l'emploi empêche de travailler tout en te donnant les moyens de continuer. Absurde. Aujourd'hui je n'ai ni l'un ni l'autre mais j'ai une fenêtre : un peu de temps. Alors je le déplie dans tous les sens pour fabriquer mon travail. Développer des projets innovants d'utilité publique, accepter l'erreur qui fait avancer la question, sans mettre en danger les égos, sans costard ni titre de directeur. Et toujours avec sérieux.

Dans la vie, je cherche des raisons valables de dépenser mon temps.

Texte de Clémentine Hahn

Plus d'infos sur l'auteure : @ClementineHahn

vendredi 16 décembre 2016

Comment vivre dans une cabane ?

Nous avons une cabane en nous. Un abri que notre cœur a bâti là au bout de ce chemin. Elle est une parenthèse, une encoche dans le temps, un endroit où nous le regardons passer. Nous y vivons au rythme des saisons, réveillés par le jour, endormis par la pluie, apaisés par la neige. Sous son toit, nous nous retrouvons, étonnés de découvrir nos gestes précis, fonctionnels, conscients et gracieux. L’inutilité, le futile a peu de place au milieu de ces murs de bois. Les objets sont beaux de leur matière et de l’usure due à leur usage. Nous pouvons les entretenir, les réparer ou nous résoudre à les jeter. Nous les touchons avec plaisir, en ressentant la simplicité et la solidité. Ils semblent comme nous vivre ici une vie de lenteur, de sourires et de plaisirs.

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Ils ne nous encombrent pas, ils sont là pour simplifier le geste, sans technologie compliquée. Nous avons décidé de n’avoir aucun objet dont la technologie soit postérieure à 1990. Micro-ondes, ADSL, écrans plats, clefs USB, DVD, encombrant notre vie citadine, en sont donc exclus. Nous avons disposé une boîte à l’entrée, dans laquelle nous rangeons les téléphones portables, hors de notre vue. Nous apprécions que nos visiteurs en fassent de même.

La cabane est construite en bois, un matériau facile à mettre en œuvre, que les scieries proches peuvent nous délivrer. Il stocke en lui ce carbone que l’on ne veut pas laisser s’échapper. De forme simple, la cabane est petite avec ses deux pièces à l’ambiance rustique. Les meubles sont fabriqués avec des éléments récupérés dont nous avons détourné l’usage. Ils sont recoupés, poncés, relookés comme par jeu. Les matières sont vivantes, authentiques et tendres pour nos yeux et nos corps. Six personnes peuvent y dormir dans des lits superposés et un grand lit. Une longue table nous permet de préparer une cuisine simple et de jouer avec les petits. Elle se transforme en établi pour faire place aux travaux manuels. La tribu, que nous formons avec les petits, dessine, peint au milieu des rires ou des chants. La lumière est douce en notre cabane, filtrée par les arbres proches, mais ce sont surtout les sons dont nos sens s’émerveillent. La cabane craque, chante sous le vent, les oiseaux griffent le faîtage de leurs pattes et accompagnent nos réveils de leurs chants ensoleillés.

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Le bout du chemin nous permet d’avoir l’eau et l’électricité. Nous nous chauffons avec un poêle à bois. Nous vivons dans la grande pièce et sur les terrasses en bois qui en doublent la surface au sol. Il fait bon en journée, en choisissant l’ombre ou le soleil, s’y prélasser, s’occuper de préparer nos cueillettes et nos récoltes. Installés dans des fauteuils en bois ou des chaises longues en tissu coloré, nous dominons un jardin exubérant, où l’osier tressé, découpe les volumes par son feuillage. Il compose des tonnelles, parasols et haies qui permettent de s’isoler, de se cacher et de rêver. Notre cabane nous permet de voyager hors du temps, au cœur du temps. Nous nous sentons en elle si présents, tout comme elle est si présente en nous.

Texte de Marie-Pascale Mignot & Bruno Hingray

vendredi 9 décembre 2016

Vert c'est vert

En 1966 Johnny chantait « Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir ». 50 ans après, le noir a laissé sa place à un vert qui s’éloigne de plus en plus des fondements écologiques pourtant mis en avant. Lessives éco-labélisées, terreau bio, la vague du « c’est vert, c’est bon pour la planète » se répand comme une traînée de poudre avec ses désillusions, ses mensonges et ses gros sous. Les produits de grande consommation s’enrichissent de labels durables et le tout green s’étend dans toutes les publicités. On nous vend des éco-quartiers dans leur écrin de verdure, des voitures qui rejettent des pétales de fleurs et des bâtiments si bien camouflés dans une « nature » fantasmée qu’on ne voit qu’un vomi vert. Cette maladie qui pique l’œil et qui est trompeuse porte un nom : le greenwashing.

Coucou, tu veux voir ma pub ?

« L’écoblanchiment ou greenwashing, est une expression désignant un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement ». Merci Wiki. Une stratégie pour faire de la tune (beaucoup). Et dans le fond, la planète, elle peut bien crever, on trouvera un autre moyen de faire des dollars.

Le plus frappant dans cette définition est sans doute la dernière phrase qui nous montre l’absurdité du système. On investit des milliards dans la publicité pour se créer une image d’écolo responsable et par derrière, c’est le vide. La cata. L’absence totale de fond et d’innovation. Aujourd’hui, tout passe par cette image de nature apaisante, grandiose et ô combien inestimable. Nous sommes nourris, peu importe où nous posons les yeux, par ce marketing agressif au risque de faire passer les vraies avancées en la matière pour de vulgaires projets has been faute de liasses investies dans des visuels léchés. Un soir, j’étais confortablement installé au cinéma en attendant que le film démarre. Pendant 12 minutes (montre en main) nous avons été témoins de 7 publicités différentes dont 4 avaient un message « écolo » avec un parallèle plus ou moins tiré par les cheveux avec la nature, l’envie de liberté et de grands espaces.

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La palme de la publicité la plus fourbe revient certainement à celle qui nous vend des grandes étendues de steppes, des paysages époustouflants d’une pureté incroyable. On traverse des vallées verdoyantes, on survole à dos de drone un littoral où des vagues viennent caresser le sable blond. On voit des déserts, des lacs turquoises, des mangroves et la forêt amazonienne. Une voix masculine au timbre chaud et vibrant nous dit que l’homme, en allant explorer la Lune, ne s’attendait pas à voir un spectacle aussi magnifique : le levé de la Terre. Il faut changer de point de vue nous dit le bonhomme. La star n’est pas la Lune mais la Terre et la richesse de ses paysages. Émotion palpable, on hoche la tête en disant : « Putain, c’est vrai que c’est vachement beau, quand même ! ». Cette publicité pourrait être l’œuvre d’un office du tourisme ou d’une organisation mondiale de sensibilisation à l’environnement. Que nenni. Cette publicité si bien faite, avouons-le, est le fruit d’un constructeur automobile. Les gars ont fait une vidéo magnifique sur des paysages de dingues et ils nous vendent une voiture. Quelle bande d’hypocrites.

Est-ce que cette mode nous influence réellement ? Y a-t-il vraiment un gugusse qui se dit « Mais grave ! C’est cette voiture filmée dans les lacets de montagne et qui possède une qualité de conduite impeccable, qu’il me faut pour aller au travail et me taper 1h de bouchons sur la rocade ! ». Les mecs, redescendez.

Coucou, tu veux revoir ma pub, encore et encore ?

Vous n’avez jamais remarqué la mesquinerie des radios qui passent et repassent et rerepassent les mêmes tubes qui nous emmerdent ? Au bout de la 1000e écoute, on finit par connaître les paroles par cœur et à chanter la chanson pour qu’elle passe plus vite. Ce matraquage, nous le subissons également avec les yeux. À force d’en voir partout, on finit par se dire qu’il faut acheter quand le paquet est vert. Les marques ont bien compris que pour nous forcer à l’achat, il fallait nous « éduquer ». Alors une par une, les marques marchent main dans la main pour nous amener là où elles veulent nous amener : dans leur tirelire.

Toute bonne marque qui se respecte a un ou plusieurs produits étiquetés « vert ». C’est souvent les mêmes produits qu’avant mais avec un packaging aux teintes principales vertes. Question de cohérence et de charte graphique orientée. Associées à la couleur, on retrouve des fleurs, des feuilles et une image subliminale de la nature. Pour finir, on y colle un label « zéro silicone » et le tour est joué.

Regardons une marque comme Mc Donalds. Ni vu ni connu ils ont changé leur logo en France, passant d’un agressif M en jaune sur fond rouge, à un fond vert forêt des plus trompeurs. Mc Do écolo ? Autant que Fillon.

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Coca-cola, à son tour, propose désormais sa gamme « Life ». En français dans le texte ça veut dire « Vivre ». De quelle couleur sont leurs étiquettes ? Vertes ! Et pourquoi ? Parce que la firme a remplacé le sucre par un substitut au goût sucré « d’origine naturelle » provenant d’une plante nommée la Stevia. Mais, mais, mais, c’est un sucre « d’origine naturelle » synthétisé et raffiné. Pardi. Vous imaginez que Mr Coca allait cultiver un lopin de terre pour y mettre son susucre ? La Stevia ayant un léger goût de réglisse qui semblait déplaire aux consommateurs, il a fallu trouver le responsable de cet affreux arôme pour ne tirer qu’une Stevia compatible avec les attentes des fabricants. On se retrouve donc avec une synthèse plus vraiment naturelle, donc. Quand on vous dit que « l’origine naturelle » est souvent trompeuse.

L’écologie rend bipolaire. D’un côté, il y a les pro écolo qui veulent changer les manières de consommer dans un monde où les ressources s’épuisent (ou sont épuisées ?) et de l’autre côté, les détracteurs, les trolls et les relous qui protestent et râlent sur les réseaux sociaux en brandissant des pancartes « C’était mieux avant ! », « Rendez nous les voies sur berges ! », « Rendez nous Pompidou ! ». Ils finiront par perdre leur voix. L’écologie fait fantasmer, quitte à perdre toute crédibilité et comme toute mode, elle finira par passer, poussée vers la sortie par une autre lubie devenue plus lucrative. Allez, ne désespérons pas, c’était mieux demain, quoi qu’il arrive.

Texte de Nicolas Deshais - Fernandez

Plus d'infos sur l'auteur : www.facebook.com/atelierndf