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jeudi 17 octobre 2013

Millésimez-moi !

Texte : Cyril Jouison / Photo : Anthony Rojo 980721_10201443053985176_514420248_o.jpg Avec ce nom qui résonne comme un hommage indirect aux antiques disques vinyles (galette noire émettant de la musique que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître), quand il faut traiter du phénomène vintage, FACES B creuse forcément le sillon. Le vintage donc ? C’est, avant tout, une question de millésime. Au départ en œnologie et, très vite, dans de nombreux domaines de notre vie quotidienne. Explications sur l'invasion vintage : millésimez-moi, oui mais pas tout de suite, pas trop vite.

C’est un signe des temps. Dans une Coccinelle cabriolet nouvelle mouture, un jeune quinquagénaire trimballe sa belle amoureuse. Les deux, cheveux au vent, portent, pour lui, des Ray-Ban Wayfarer et, pour elle, des lunettes françaises de la marque aux deux C entrecroisés en mode Jackie Kennedy. Tous deux écoutent Ben l’oncle Soul. Heureux d’être là. Après un milk-shake dans un bar jazzy, ils comptent bien aller voir le dernier film de Baz Luhrman, Gatsby le Magnifique. Voilà, le conte est bon. Le décor est planté. Nous vivons dans une société « vintageophile ». Ce néologisme en dit long sur notre état psychique. Dans cette période de crise, le citoyen-consommateur se rassure en retrouvant les œillades délicates d’un passé collectif. Tout y passe : l’art, la consommation et même la politique.

Nostalgie artistique

L’expression artistique est moteur du phénomène. Très rapidement, dans toutes les formes d’art, le vintage a imposé sa place. En musique de nombreux tubes sont repris. Faire du neuf avec du vieux. La bande FM en regorge. Même Je l’aime à mourir de Francis Cabrel a été réinterprété par Shakira, la pom-pom girl colombienne. Dans le même temps, les tournées « Âge tendre et têtes de bois » remplissent les salles de France et de Navarre. Elles sont combles de personnes comblées. La musique nourrit sa force dans la nostalgie. Les producteurs l’ont bien compris. La recette réchauffe les plats et le disque vinyle retrouve sa place dans les bacs. Le cinéma répond aux mêmes préoccupations. Le 15 mai dernier, Baz Luhrman, le pétillant réalisateur de Moulin Rouge, propose sa version de Gatbsy le Magnifique. Leonardo Di Caprio et Carey Mulligan répondent à Robert Redford et Mia Farrow, quarante ans plus tard. Ce roman de Francis Scott Fitzgerald avait déjà été porté à l’écran en 1926 par Herbert Brenon. Dans cette industrie-là aussi, les icônes des années 50 et 60 continuent de faire rêver. Delon, Dean, Monroe, Taylor, Mac Queen s’invitent encore et toujours. Dans l’industrie du loisir, le vintage s’immisce également dans les applications de nos téléphones intelligents. Pour prendre des photographies numériques, il suffit de les encanailler avec des effets - eux-mêmes numériques - pour donner l’impression d’une imperfection argentique. Le comble du comble : salir une image trop lisse pour la rendre plus authentique. Dans notre société du spectacle, nous passons de la salle aux soldes. Du théâtre aux linéaires. Sans transition.

Consommer vintage rassure

La consommation est indissociable de nos sociétés occidentales. C’est un fait. Sans jugement de valeur. Dis-moi comment tu consommes, je te dirai qui tu es. Le vintage, depuis une grosse dizaine d’années, devient une façon d’afficher son rapport à l’acte consumériste. Quelle possibilité s’offre alors à « l’homo-consumerus » ? La Crise, avec un énorme C, vient ajouter son grain de sel à cette affaire pimentée. Le vintage, d’une manière générale, se décline sous des formes complémentaires. Comme si Proust s’alliait à Levi Strauss, le faiseur de denim.

>>> Lire la suite : Numéro 5 - Page 25

mardi 4 juin 2013

L’engagement, non merci !

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Texte : Blandine Chateauneuf et Nicolas Chabrier / Photo : David Mauzat

Il vous est sûrement difficile de comprendre une telle attitude qui pourrait s’apparenter à un refus d’avancer ! Face à une multitude de causes à défendre, il peut vous sembler absurde de ne pas vouloir s’engager. Manque de valeurs ? Folies passagères ? Peurs inexpliquées ? Ou égoïsme exacerbé ? Vous convoquez d’ailleurs bon nombre de raisons pour nous le pardonner. Mais si c’était juste un peu plus compliqué ? Les yeux dans les yeux, au cœur d’un étrange « psy-show », Elle et Lui se confient.

Prologue : Allongés sur le divan, Elle et Lui essayent de démêler le pourquoi du comment et tentent de comprendre les rouages du « non-engagement » : entre choix personnels, destins professionnels, rapports aux autres et enjeux sociaux, ils passent aux aveux !

Acte 1 / « JE m’engage donc JE suis. Tout reste à nuancer… »
Scène 1 / « Côté perso, rester libres mais attachés… »
-       ELLE / Aujourd’hui, je me sens libre, mais il serait absurde de croire que je le suis réellement. Je poursuis une voie qui me pousse inexorablement vers moins d’engagement. L’expérience m’a fait changer de camp et j’essaie désormais de rester fidèle à ce choix personnel. Pourtant, que faut-il que je réponde à ceux qui apparentent ma situation à une fuite ?
-       LUI / Tu dois leur répondre non ! Toi comme moi, nous avançons en percevant l’engagement comme un élément structurant et fondamental de notre société. Cependant je ne me vois pas comme un rebelle, cherchant à vivre en marge ou refusant le système. Je sais, au contraire, que la vie comporte des repères, à prendre ou non en compte. Nous sommes invités à faire des choix ou à exprimer des « non choix » sur des sujets variés : la propriété, le mariage, la paternité... Or, si mes angoisses personnelles reflètent une peur de l’engagement, rien ne m’empêche d’être libre mais attaché.

Scène 2 / « Côté pro, pour un avenir sans routine… »
-       LUI / Au-delà des choix personnels, quels enjeux d’engagement rythment nos vies professionnelles ?
-       ELLE / Nombre d’entre nous aspirent à une certaine stabilité en attendant le précieux CDI ! On en comprendra d’ailleurs aisément la raison : qui dit pérennité de l’emploi, dit revenus réguliers, projets immobiliers facilités et possibilités accrues… Pourtant, de mon côté, la vie professionnelle peut aussi susciter certaines craintes : l’installation d’une routine, la baisse de la motivation, la perte des envies au profit du renforcement des habitudes. Or, j’ai besoin de pouvoir relever des défis et de me sentir capable de tout remettre en question. Qu’en penses-tu ?
-       LUI / Je vois ce que tu veux dire et j’en arrive même à comprendre les « adeptes des contrats courts », qui souhaitent vivre différentes expériences, se frotter à autre chose pour enrichir leurs itinéraires professionnels. Je les envie même un peu et me dis qu’il faut un sacré courage, pour renoncer à la stabilité professionnelle…

>>> Lire la suite : Numéro 4 - page 29

mardi 21 mai 2013

3 questions à Nadia Russell, engagée dans la promotion artistique

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Photo : Caroline Corbal

FACES B : Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans la promotion de l’art ?
Nadia Russell : La réponse la plus spontanée serait par passion ! Travailler avec des artistes, découvrir leurs univers, flâner dans leur ateliers, toucher, regarder, discuter, avoir un rapport au monde autre, le temps de rencontres et de projets toujours nouveaux, mener des expériences, voilà ce qui me porte... et ce que j’ai envie de faire découvrir et partager en faisant la promotion de l’art. Je suis une privilégiée car c’est une chance de travailler avec des créatifs ! J’aime créer des climats, des espaces, des situations, mettre en relation à travers des expositions et des événements mais aussi par des stratégies de communication.

FB : Quels types d’actions menez-vous pour servir cette cause ?
NR : Je mène plusieurs actions dans deux structures qui sont Tinbox et L’Agence Créative. En 2007, j’ai créé Tinbox, une galerie tremplin dédiée à la promotion et à la diffusion d’artistes, de Bordeaux et d’ailleurs. C'est un espace d’interaction, d’expérimentation, de production, de recherche et d’exposition s’adressant à la diversité des individus. J’ai collaboré avec plus de 50 artistes et organisé une quarantaine d’expositions en partenariat avec d’autres lieux, des critiques et des commissaires.
Tinbox n’a plus d’espace d’exposition fixe depuis décembre 2011 mais reprendra son activité de manière nomade en 2013-2014, dans le cadre de « Tinbox mobile on tour ». C’est une galerie sur roulette pouvant se déplacer dans divers lieux dédiés ou non à l'art. La prochaine exposition, intitulée La châsse, est une rencontre entre l’artiste franco-péruvienne Rustha Luna Pozzi-Escot et le critique Bernard Lafargue autour du travail de l’artiste sur l’identité féminine et de la thématique de la mise en scène de l’art. Nous sommes à la recherche de lieux pour accueillir ce projet.
Ensuite je développe des actions au sein de L’Agence Créative, une association qui regroupe les compétences plurielles d’acteurs culturels, de créatifs et d’artistes, dans 3 domaines : l'organisation d'événements dans des espaces publics de manière collaborative, la création d'espaces de pratiques artistiques partagés, et le développement d'outils Web pour la valorisation des artistes et des lieux d'art contemporain comme le site www.art-flox.com, portail de l’art contemporain à Bordeaux et en Aquitaine.

FB : Avez-vous le sentiment d’être utile ?
NR : Les actions menées avec Tinbox ou avec L’Agence Créative sont complémentaires. Je pense que j’ai permis à un large public de découvrir des artistes de talent à travers des expositions curatoriales. Pendant cinq ans Tinbox a été un lieu de rencontres, de partage et de débat autour de l’art, mais aussi autour de questions sociétales. Être dans une dynamique de réflexion et d’échanges est pour moi primordial. Je souhaite pouvoir continuer à partager cela avec les Bordelais !
J’ai envie de poursuivre ce rôle de passeur de l’art contemporain passionnée, malgré les difficultés financières rencontrées à l’heure actuelle. Je suis toujours à la recherche de nouvelles collaborations. Restons optimistes et engagés !

Tinbox : contact@galerie-tinbox.com - http://www.galerie-tinbox.com/ L’agence Créative : contact@lagence-creative.com - http://www.lagence-creative.com/ http://www.nadia-russell.com/

samedi 18 mai 2013

3 questions à Géraldine Rabier, engagée pour l’éducation

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FACES B : Pourquoi avez-vous choisi de vous engager pour l’éducation ?
Géraldine Rabier : J’ai travaillé huit ans dans l’Éducation nationale avant d’être journaliste... le métier que j’avais toujours voulu faire. Par « loyauté familiale» certainement, mais aussi parce que j’ai toujours considéré que contribuer à œuvrer pour l’égalité des chances était un acte éminemment politique.

FB : Quels types d’actions menez-vous pour servir cette cause ?
GR : J’ai choisi de travailler en ZEP sensible puis j’ai créé le collège expérimental bordelais Clisthène avec Jean-François Boulagnon en 2003 ; j’ai ensuite continué à m’intéresser aux questions d’éducation en tant que journaliste en travaillant notamment avec Philippe Meirieu et Xavier Pommereau et en animant des conférences pour les éditions Milan dans les IUFM.
Aujourd’hui, en tant que rédactrice en chef du magazine Cubeek, j’essaie de sensibiliser le grand public à des questions complexes comme la carte scolaire, le harcèlement entre élèves, les enfants violés et maltraités, etc. Et nous avons organisé deux conférences publiques : l’une sur l’École et le numérique, l’autre sur la maltraitance infantile, un problème de santé publique largement sous-évalué.
Par ailleurs, en tant que féministe (non ce n’est pas un gros mot, c’est juste être démocrate et souhaiter une égalité de fait entre les hommes et les femmes), j’ai animé bénévolement pendant un trimestre un atelier « Un gars, une fille » à l’attention de collégiens. Travailler sur les stéréotypes de genre et le sexisme pernicieux est un des défis que l’École et notre société doivent relever très rapidement. Un défi républicain que nous allons aborder dans une CubeeKonf le 4 avril à la Maison cantonale de Bordeaux : « Égalité femmes/hommes : allez les hommes ! »

FB : Avez-vous le sentiment d’être utile ?
GR : On est constitué par les actes qu’on a posés dans une vie. J’essaie de ne pas l’oublier et de faire des choix professionnels qui ont du sens : Clisthène bien entendu et aussi Cubeek dont la ligne éditoriale vise à créer du lien et accorde une large part au social. Et l’année prochaine, en plus de mes activités journalistiques, j’espère participer à un projet aquitain de lutte contre le décrochage scolaire. Finalement, l’éducation n’était pas un choix par défaut !

lundi 6 mai 2013

Questions d'engagement

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Clément Rossignol Puech, Vice-président de la Communauté Urbaine de Bordeaux et élu à Bègles (EELV), a bien voulu répondre à nos questions concernant son engagement pour la planète. (Photo : CUB)

FACES B : Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans le militantisme écologiste ?
Clément Rossignol Puech : Une fois mon parcours professionnel balisé (je suis chercheur physicien au CNRS), j’ai adhéré aux Verts. En effet, je voulais réfléchir et agir sur des thématiques globales, transversales, liant les droits de l’homme, la solidarité et le vivre ensemble, l’avenir de la planète… Le choc du 21 avril 2002 fut aussi un événement déclenchant ! À l’époque, les écologistes s'efforçaient déjà d’avoir avant tout une pensée globale et une action locale. L'écologie politique insiste sur la prise en compte des enjeux écologiques dans l'action politique et dans l'organisation sociale et sociétale. D’ailleurs mon engagement écologiste a déteint sur mon activité professionnelle, puisque j’étudie également les relations complexes et riches entre les sciences et technologies émergentes et la société de demain qui se dessine sous nos yeux.

FB : Quels types d’actions menez-vous pour servir cette cause ?
CR : Difficile de choisir car tous mes engagements me tiennent à cœur bien sûr. Je vais choisir des engagements écologiques et transversaux (c’est d’ailleurs une tautologie, l’écologie est transversale). J’ai initié un plan vélo de la CUB à hauteur de 30 millions d’euros qui fixe comme objectif 15% de déplacements à bicyclette en 2020. Un plan pour bobo bordelais ? Sûrement pas ! Développer l’usage du vélo permet d’avoir un air plus pur, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d’avoir une activité physique synonyme de bonne santé, sans oublier une économie financière jusqu’à 5000€ par an et l’essor d’emplois locaux non délocalisables. Enfin, le vélo permet de développer des liens quotidiens apaisés entre usagers de l'espace urbain en contribuant immanquablement à plus de convivialité, d'humanité, de rencontres et d'échanges.
Un autre exemple est la co-construction de l’Agenda 21 et du plan climat énergie de la ville de Bègles avec ses habitants. Cet exercice a permis de discuter avec de nombreux Béglais à propos du développement durable afin de dégager les priorités collectives pour améliorer notre quotidien et notre commune.

FB : Avez-vous le sentiment d’être utile ?
CR : C’est une vraie question… je ne vais pas faire ici le catalogue des réussites et échecs à mettre à mon crédit en cette fin de mandature. Mes amis, ma famille, mes proches sont honnêtes avec moi, je vois dans leurs yeux si je remplis le contrat.
Pour être honnête : oui, je pense être utile, sinon j’arrêterais tout de suite, l’exercice d’un mandat local est très éprouvant et requiert beaucoup de disponibilité, au détriment parfois de la vie de famille. Moi qui suis universitaire, je me suis découvert homme d’action, et j’aime cela. Pour être utile il faut se sentir à sa place, ni usurpée, ni galvaudée, en un mot être épanoui. J’aime écouter, comprendre et agir pour les autres. Un élu local doit se penser comme un catalyseur d’une expression partagée qui devient volonté commune.

mercredi 1 mai 2013

We can do it : osons l’engagement !

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Texte : Caroline Simon / Photo : Anthony Rojo

Cette fois, c’est décidé, on arrête de se concentrer sur sa petite personne et de se regarder le nombril. L’heure est venue de remonter nos manches et de passer à l’action, de s’engager pour une cause qui nous tient à cœur ou pour se mettre au service des autres. Oui mais… Comment faire ? Le bénévolat est la forme d’engagement la plus répandue, mais de multiples autres possibilités s’offrent à nous, tant le champ de l’engagement est vaste.


Le terme engagement évoque d’emblée l’idée d’un contrat qui lie une personne à une autre ou à une entité juridique. On pense mariage, contrat de travail, vœux religieux, engagements militaire ou financier. Bref, au premier abord, il y a de quoi avoir peur. Mais passé ce cap, la satisfaction d’accomplir une « bonne » action (ou simplement en accord avec nos valeurs) prend inévitablement le dessus. Contribuer au bonheur des autres, c’est aussi se faire plaisir à soi-même. Alors, pourquoi hésiter ?

J’y vais ou j’y vais pas ?
L’une des principales motivations pour s’engager, c’est l’altruisme. La plupart des bénévoles sont profondément humanistes. Certains sont animés par le besoin d’aider leurs prochains parce qu’ils ont eux-mêmes trouvé des mains secourables quand ils en ont eu besoin.
Être un bénévole requiert un certain nombre de qualités : une capacité d’écoute, de l’empathie, un équilibre affectif et, surtout, savoir rester à la bonne distance pour laisser toute la place à celui qu’on vient aider. Car le bénévolat ne sert ni à se mettre en valeur, ni à se donner bonne conscience, ni à régler ses propres conflits personnels.
Pour autant, il ne s’agit pas de se mettre une pression inutile, car on aurait vite fait de baisser les bras si on ne se sent pas à la hauteur de la tâche. Tout engagement a le goût de l’aventure, avec ses corollaires : les risques, l’excitation et bien souvent, à la clé, la satisfaction. Engagée sur tous les fronts au fil de sa vie, Ginette Lemaitre* considère qu’ « il n'y a pas d'engagement sans une certaine confrontation à l'inconnu et au danger. S'engager, c'est partir sur un chemin dont on ne peut pas savoir avec certitude où il mène. »
Ça donne envie de se jeter fissa dans la marmite de l’engagement !

La génération Y est engagée !
À l’heure des offres « sans engagement » des opérateurs téléphoniques, d’un abstentionnisme croissant scrutin après scrutin et des contrats de travail à durée déterminée, on pourrait croire que notre société a pris la voie du désengagement. Que nenni ! S’il est un secteur qui ne connaît pas la crise, c’est bien celui du bénévolat.

>>> Lire la suite : Numéro 4 - page 19

vendredi 19 avril 2013

Bref, je suis rentré à vélo

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Texte : Véronique Zorzetto - Photo : Frédéric Linget

Il est des voyages qui nous transportent vraiment. Le retour de Fred en France est de ceux-là. Le 28 juin 2008, il est parti de Bangkok à vélo. Après un an et 20 000 kilomètres de rencontres et de découvertes, il a retrouvé la maison familiale, non sans avoir sensibilisé sur son passage à la problématique du réchauffement climatique et des gaz à effet de serre.
Pour rentrer de Thaïlande après avoir vécu 10 ans en Asie, Frédéric a décidé de ne pas prendre l’avion. Il a une bonne condition physique et ne veut plus augmenter son empreinte écologique. Il sait que la pollution générée par les transports représente quasiment 30 % de la production de gaz à effet de serre générés par l’activité humaine, et dans cette addition la part du trafic aérien est en constante augmentation. Ses  quelques « aventures bicyclétales »* précédentes ont été positives. Il décide donc de parcourir les milliers de kilomètres qui le séparent de Châteaudun (Eure-et-Loir) sur son beau vélo costaud choisit avec soin pour l’occasion. Ça tient la route : ce n’est pas une lubie d’intégriste bobo en caleçon bio, mais la réponse pragmatique au problème qui se posait à lui. L’engagement est pris, pour lui-même et pour les autres. La sensibilisation passe par l’exceptionnel : pédaler de la Thaïlande à la France, en expliquant sur le chemin ce qu’on fait là, où on va et pourquoi.

« C’était évident : je rentrais chez moi ! »
Quelques mois de préparation ont été nécessaires pour réunir l’équipement. Quelques coups de bol et un rien de ruse ont permis d’obtenir  les visas pour ce voyage qui ne peut être simplement réduit à un déplacement. Dix-huit pays à traverser équivalent à quelques soucis administratifs, mais finalement pas tant que ça au regard des circonstances (les JO en Chine, la pression au Tibet, les relations diplomatiques avec l’Iran suite aux propos de Nicolas Sarkozy…). Pas un seul de ces proches ne lui a dit qu’il était fou, ce n’était donc sans doute pas le cas et ce soutien a rendu les choses évidentes.

« Un an, ce n’est pas très engageant ; des années, on en vit plein. »
Pour un déplacement de cette nature, il faut arriver à bien caler le départ, de façon à éviter un hiver dans l’Himalaya. Les premiers coups de pédales ont été accompagnés  par des amis à l’été 2008 au milieu de la circulation dangereusement stressante de Bangkok. Mais il semble que quand on a 20 000 kilomètres à parcourir à vélo, on aborde les choses avec philosophie. Le trafic a rapidement laissé place au calme des paysages de rizière. Et les sourires des thaïlandais accompagnent Fred jusqu’à son arrivée au Laos, dont la traversée jusqu’au Vietnam prend quelques jours.  Il reste dans ces pays des traces de « la guerre américaine », selon l’appellation locale, des bombes qui tuent encore. Les premières montagnes apparaissent sur le parcours, mais à vélo la mauvaise qualité des routes est source de plus de tracas que leur pente.
Il n’est nul besoin de connaître parfaitement une langue pour communiquer avec quelqu’un quand on en a l’envie et le temps. Le mime est bien sûr une compétence indispensable qui permet de s’en sortir dans toutes les situations, même en Chine, le pays des pertes de repères. C’est après cette mise en jambe de quelques 4 000 kilomètres que Frédéric rejoint le « toit du monde sous occupation ».  Au Tibet qu’il a traversé en un petit mois  (et 26 000 m de dénivelé !), il a apprécié la modération des Tibétains face à la nature, nature rude à cette altitude. Il a rencontré sur sa route des voyageurs bien étranges : une famille de pèlerins en route pour Lhassa : « Tout d’abord il y a ces sortes de semelles en bois qu’ils se mettent autour des mains, ils les claquent bruyamment devant leur front, puis devant leur poitrine, et ils se jettent ensuite à terre avec une réelle souplesse. Avec l’élan ils glissent sur environ 30 à 40 cm, d’où la protection généralement en cuir sur le devant de leur corps et en pneu sur le bout de leurs chaussures. Ils restent ainsi à terre quelques secondes, puis se relèvent, puis font deux pas, puis recommencent … sur des centaines de kilomètres, pendant des mois, parfois pendant des années. »

>>> Lire la suite : numéro 4 - page 43

dimanche 3 mars 2013

Coulisses de cafés concerts

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Texte : Le Furet et Vincent Michaud / Photo : fairelafeteabordeaux.com

Au cœur même des villes les caf'conc brisent le silence et offrent une alternative à la médiocrité de la majorité des abreuvoirs de nuit. Aux manettes, des passionnés qui entendent aujourd'hui les sons que nos oreilles adopteront demain. Peu de ces lieux entrent dans les cases des gestionnaires de l'action culturelle «officielle», c'est donc fréquemment sans subventions, mais avec beaucoup d'imagination qu'ils s'emploient à renouveler leur «proposition artistique». Leur rôle s'avère essentiel dans l'éclosion des nouveaux talents de la scène indépendante, folk, rock, électro ou encore hip-hop. Nous avons approché deux de ces creusets, une cave voûtée en sous-sol typique de l'underground bordelais et un cousin parisien, îlot indépendant niché au cœur d’une rue calme, à deux pas de l’effervescence de la Villette. Au micro, les deux programmateurs, Xavier Chabellard du Saint-Ex (Bordeaux) et Nicolas Jublot de l’Espace B (Paris).

BORDEAUX : LE SAINT-EX
Genèse
En 2005, avec Jean-Marie, l'ancien gérant du Zoo Bizarre (ndlr : salle mythique bordelaise dédiée à l'underground de 1997 au milieu des années 2000), associés à deux autres personnes, nous avons sollicité des banques pour obtenir un prêt. C'était pourtant avant la crise, mais elles refusèrent. Un courtier nous a permis d'obtenir le budget prévisionnel plus ou moins souhaité. Nous avons été surpris d'y arriver car nous venions d'un milieu culturel associatif, pas forcément reconnu.

Identité, esprit
Nous sommes positionnés sur l'émergence artistique, même si cela sonne professionnels de la culture ! Nous constituons le premier maillon de la chaîne du spectacle vivant, avec le désir de soutenir les artistes.
Nous pouvons nous comparer à un micro-label indépendant, conscient de ses limites, mais pouvant affirmer que ne pas vendre 500 000 exemplaires n'interdit pas d'exister !
Notre base line c'est «musique et à boire», pas mal déjà comme promesse ! Nous ne souhaitons pas nous prévaloir d'une philosophie au ras des pâquerettes, mais au public de la définir.

Réussir sa programmation
Il m'arrive de penser que ma programmation nourrie d'enthousiasme va être géniale… pour 15 personnes présentes dans la salle ! Impossible de pérenniser sinon en perdant une partie de son indépendance. Sans aides financières, la survie passe par la vente de boissons.
Par rapport à nos débuts, la programmation s'appuie plus sur la scène bordelaise très spontanée.
Pour ne pas s'enfermer dans le syndrome du club de jazz, il faut aller chercher le public, se régénérer. Pas besoin de réaliser des études, nous voyons les gens. Ça peut être bien aussi de déplaire, d'avoir un avis tranché, tout ne se vaut pas.

Les découvertes, la nouvelle donne internet
J'écoute sur Bandcamp nombre de groupes glanés ici ou là. Myspace a plus ou moins révélé des milliers de groupes. Internet a fait exploser la proposition déjà énorme des réseaux. Bandcamp épure, tout comme Soundcloud pour l'électro. Les gens rejoignent des niches, avec une communauté d'esprit.
On s'est aperçu que les groupes dénichés sur Internet étaient en avance sur les anciens réseaux. Ils proposent régulièrement des nouveaux morceaux ou des vidéos. Des pays où il existait peu de groupes, comme l'Italie et la Grèce deviennent des niches. La mise en relation se fait aussi grâce aux groupes qui tournent dans ces pays. Le garage est une musique universelle, non pas parce que plus facile à jouer, mais parce qu'elle se pratique à l'instinct.

>>> Lire la suite : numéro 3 - page 48

dimanche 17 février 2013

ô Madi Blues

Texte : Cyril Jouison

Out of my Head par VirageTracks

Madi présente son nouvel album « Carefully ». Produit par Virage Tracks, le label de Johan Micoud, adoubé par les Inrocks de Jean-Daniel Beauvallet, le musicien se livre dans douze titres bluesy-folk-rock secs et nerveux.
J’avais prévu une écoute à l’ancienne. Carefully, je sors le cd de sa pochette soignée. La galette trouve sa place dans mon mange disque amélioré. Je m’installe. Le soleil d’automne m’accompagne. Madi est dans la track. Musique.

Accords cristallins
Il vient de là, il vient du blues. Cette affirmation est aussi claire que son trait de voix. Tombé dedans dès son plus jeune âge, Madi, the french boy, écrit et chante dans la langue de Jeff Buckley. Dès le début de l’album, les premiers accords de guitare ne laissent plus planer de doute : Ô Madi, ô Madi blues ! Accords cristallins. Voix incisive. La tonalité de l’album est donnée. « Out of my head », le premier titre est plutôt du style à bien rester en tête. Pour notre meilleur plaisir. Celui-ci ne sera pas renié par le second morceau. Aussi langoureux que son prédécesseur était nerveux. Et là, c’est le deuxième choc. Celui qui donne envie de poursuivre la balade. « Story of a friend » exprime différentes nuances. La voix de Madi se transforme. Elle nous rappelle celle de Tracy Chapman. Les arrangements sont aussi précis que minutieux. Tous en nuance. Cette sonorité est confirmée par « Fade away ». Le tour est joué. Il vient vraiment du blues, ce Madi. Une promenade nerveuse dans un univers folk-bluesy. « The setting sun », « You are mine » appuient le médiator sur la corde sensible. Les guitares se font nerveuses et très présentes. La voix devient métallique. La production est élégante. « Will she come to see me », tout en retenu, est une parenthèse délicieuse. La voix de Madi, celle de Deborah, l’acoustique de la guitare, la présence rythmique de cordes et l’apparition de nappes discrètes donnent un accent pop à cette ballade suave.

>>> Lire la suite : Numéro 3 - Page 43

mardi 12 février 2013

Escale aux Saintes, des îles pas si sages

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Texte et photo : Caroline Simon

À l’occasion d’un séjour sur sa célèbre grande voisine, la Guadeloupe, il serait regrettable de ne pas pousser un peu plus au large, vers le sud, jusqu’à cet archipel d’îlots volcaniques que constituent les îles des Saintes. FACES B vous propose une escapade de trois jours, alliant activités sportives et farniente sous les alizés.
La traversée de 30 minutes qui mène de Trois-Rivières à Terre-de-Haut offre une vue saisissante sur le volcan de la Soufrière, à l’arrière du bateau. À peine le temps de humer l’air iodé que l’on accoste à l’Anse du Bourg, « une des plus belles baies du monde », hautement prisée par les plaisanciers si l’on en juge par le nombre de voiliers et de yachts qui y mouillent. Tout le monde débarque à pied. Ici, point de voiture, piétons et cyclistes se partagent les routes avec quelques scooters. Certes les distances sont courtes, mais les pentes sont raides...
La plupart des touristes visitent l’île à la journée, mais c’est en y passant quelques nuits que l’on ressent véritablement la douceur de vivre, que l’on découvre une faune et une flore endémiques et que l’on se délecte de la gastronomie saintoise.

Jour 1 : La trace des crêtes et la plage de Pont-Pierre
De nombreux sentiers pédestres ont été (plus ou moins bien) balisés par le conservatoire du littoral à travers la forêt, de façon à observer les richesses naturelles, les ruines historiques et les panoramas exceptionnels qu'offrent les Saintes à ses visiteurs. La plus incontournable de ces balades, c’est la trace des crêtes.
Le départ s’effectue par la plage de Grand-Anse, même s’il faut commencer par enjamber une clôture :  le sentier passe sur certains terrains dont les propriétaires disent, à tort, se réserver le passage. Cette randonnée facile de quatre kilomètres surplombe une série de baies, offre des vues plongeantes sur la mer et ses dégradés de turquoise, ainsi que des panoramas sur les mornes* de l’île. On n’y croise pas foule, à part quelques troupeaux de chèvres. Evitez de vous émouvoir devant les mignons cabris, car ils finiront tôt ou tard dans un savoureux colombo...
La balade s’achève, après 2h30 de marche, sur la Route de Marigot, où il est fréquent de rencontrer (comme partout ailleurs sur l’île) d’imposants iguanes qui lézardent au soleil. Ces autochtones d’un autre temps pouvant mesurer jusqu’à 1,80 mètre, ne se nourrissent que de feuilles, de fruits et de fleurs.
L’après-midi, on se la coule douce sur la plage de Pompierre, anse nichée au bout d’une vaste cocoteraie. Au choix, sieste à l’ombre dans un hamac (un « must have » dans le sac de plage du voyageur averti...), ou baignade pour admirer les poissons. Mais gare où l’on met les pieds, les oursins règnent en maîtres !
Les efforts du matin ayant creusé l’estomac, on optera pour un dîner qui tient au corps à base de gratin de christophines et de boudins antillais.

Jour 2 : Kayak de mer et plage du pain de sucre
Direction la base nautique de l’Anse du Fond Curé en vue de louer un kayak et se mêler aux stagiaires du centre UCPA, pour une exploration des criques cachées de l’archipel. Pour rejoindre l’îlet à Cabrit, au sommet duquel on a une vue d’ensemble sur Terre-de-Haut et sa voisine Terre-de-Bas, il faut ramer dur face à la houle marine. On a beau se consoler en se disant que le retour se fera tout seul grâce au vent dans le dos, il ne faudrait pas, pour autant, confondre cette activité avec le pédalo : le kayak de mer reste un exercice physique relativement soutenu.

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