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mercredi 6 février 2013

Pourquoi courons-nous ?

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Propos recueillis par Caroline Simon / Photo : Alan Walter

Tout le monde peut courir. Qu’il s’agisse d’un jogging autour d’un parc un dimanche matin, ou de s’aligner avec 40 000 autres coureurs au départ du marathon de Londres, pour courir, il suffit d’une bonne paire de baskets et d’une route à suivre. Mais où cette route nous mène-t-elle et pourquoi courons-nous ? C’est la question à laquelle Robin Harvie, auteur britannique de 35 ans, répond dans son livre Why we run*.      

L’enquête menée par Robin Harvie l’a conduit à expérimenter les courses longue distance, à courir toujours plus, jusqu'à l'obsession. Jusqu'à l'épreuve la plus ancienne et la plus ardue du monde : le Spartathlon. 256 km entre Athènes et Sparte ! Un défi de l'extrême dont nous parle celui qui pense toujours ne pas être un athlète.

FACES B : Robin, comment est née votre soif de course ?
Robin Harvie :
J’ai couru mon premier marathon en 2000 pour gagner un pari, lancé lors d’une soirée un peu arrosée. Contre toute attente, j’ai très vite pris goût à la course. Mais, quelques marathons plus tard, j’ai réalisé que je n’améliorais plus mon temps. Mes performances semblaient figées à trois heures et douze minutes. C’est alors que je me suis demandé si, à défaut de courir plus vite, je pouvais courir plus longtemps. Quelle distance étais-je capable de parcourir ? J’ai voulu tester mes limites.

FB : Vous vous êtes donc lancé dans des courses longue distance ?
RH :
Je me suis d’abord préparé pour la Round Rotterdam 50 (50 miles, soit plus de 80 km). Puis j’ai couru le Bob Graham Round dans le Lake District, une distance de 72 miles (environ 116 km) avec presque 6000 mètres de dénivelé positif, à parcourir en moins de 24 heures... Plus je courais, plus mon corps et mon esprit en redemandaient. Il y a un moment où l’on souffre, mais on finit toujours par ressentir un réel plaisir, proche de l’ivresse. C’est donc progressivement que je me suis fixé, comme ultime challenge, de courir le Spartathlon.

FB : Le mythique Spartathlon, parlons-en… 256 km, 36 heures de course non stop : ce sont des chiffres affolants, presque irréels pour le commun des mortels. Quand vous vous êtes aligné sur la ligne de départ en 2009, aviez-vous conscience de la dimension surhumaine d’un tel exploit ? RH : Bien sûr ! Et je m’étais préparé pour une telle distance. Je m’entraînais en courant 120 miles (193 km) par semaine, sur mon temps libre. Chaque samedi matin, je chaussais mes running shoes et courais le long de la Tamise. Et chaque dimanche, je recommençais... J’ai parcouru 6000 miles (9656 km) en un an !
Quand je suis revenu du Spartathlon (que je n’ai pas terminé), après avoir ressenti comme jamais la douleur de l’effort, je me suis dit : « Dorénavant, je peux faire n’importe quoi. Rien ne me fera plus jamais peur, rien ne pourra me blesser autant que cette course. » Une telle expérience vous procure de la force et de la résistance pour toutes sortes de situations. Vous savez que vous êtes plus fort. La course de fond est une discipline qui m’a permis de découvrir qui j’étais et de quoi j’étais fait.
Il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que quelque chose en moi s’était rompu pendant cette course, certaines résistances. Comme si on avait coulé sur moi une carapace de métal... Courir sur une aussi longue distance constitue une expérience quasi mystique, voire métaphysique. À tel point qu’il est difficile de trouver les bons mots pour en parler.

>>> Lire la suite : Numéro 3 - page 35

vendredi 25 janvier 2013

Quand Philippe devient Katerine !

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Texte : Le Furet

«Je suis borderline», hurlait en 2005 (Philippe) Katerine dans l’album de sa résurrection Robots Après Tout. Un éclat qui démontre à l’économie, en peu de mots, de quelle façon l’absurdité et l’usure du quotidien peuvent convertir l’agneau le plus inoffensif en bête sauvage… en quelques minutes seulement ! Il suffit de voir le métro chaque matin aux heures de pointe pour le comprendre.

Quel artiste plus borderline que Philippe Katerine ? Humoriste du dérisoire pour les uns, abreuvoir de l’absurde pour les autres, novateur sans limites pour les derniers. Pour autant, Philippe Katerine n’a pas toujours été le trublion que l’on connaît, prêt à choquer pour de vrai, comme seul Gainsbourg avait su le faire en son temps (sûrement pas pour rien qu’on le retrouve dans le rôle de Vian dans le biopic fantasmé du dessinateur de BD et réalisateur Johann Sfar dédié au chanteur précité) !

Du dandy timide aux nouveaux horizons
À ses débuts, pour Les Mariages Chinois (1991) ou L’Éducation Anglaise (1994), qui commence à le faire reconnaître en tant qu’auteur, Philippe Katerine se présente sur scène avec une cruelle timidité : assis sur sa sobre chaise en bois, muni de sa fidèle guitare, il entonne son chant telle une poésie, avec cette légèreté toute sixties dans le ton et cette préciosité qui le rend fragile. La beauté du texte, le côté décalé de plusieurs de ses titres (Comme Jeannie Longo, Les Leçons De Belles Manières) dénotent déjà d’un humour certain, mais encore retenu. Pointe aussi l’angoisse, omniprésente chez le bonhomme, éternel insatisfait (de son travail, de ses amours, etc.) ! Avec Mes Mauvaises Fréquentations (1996), Katerine affûte son ton, s’amuse encore un peu (Mes Vacances À L’Hôpital), obtient ses premiers succès, notamment avec le subtil Mon Cœur Balance. À la suite de sa rencontre avec les Recyclers en 1997, Philippe Katerine apprend peu à peu les joies de l’improvisation (vice qu’il pousse ensuite à son paroxysme dans son dernier album éponyme en 2010), découvre de nouvelles façons de travailler et ouvre grand ses horizons : cinéma, composition pour Anna Karina, etc.

>>> Lire la suite : Numéro 3 - page 33

vendredi 18 janvier 2013

L’homme, la morale, ses limites

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Texte : Amaury Paul

L’humain, cet être étrange que nous incarnons, fascine autant qu’il irrite. L’homme a très vite cherché à s’étudier pour se comprendre, pour rationaliser un certain nombre de comportements et sans doute avant tout, pour se rassurer. En a même découlé une science, la psychologie. Il est certain que l’être humain est complexe et, s’il agit a priori rarement sans raison, son comportement peut parfois laisser penser le contraire. Il suffit à chacun de faire son examen de conscience pour se rendre compte de cette réalité.

L’être humain se construit à l’aide d’un long processus hybride. Dans nos sociétés actuelles, dites « développées », un cadre juridique fait tout d’abord office de ligne rouge à ne pas franchir, est censé être connu et accepté par tous et permet, théoriquement, de fédérer la vie en société nous mettant égaux devant la loi. Le moindre de nos gestes, de nos comportements, peuvent être évalués et jugés. Vient ensuite l’éducation, au sens large, c’est-à-dire celle inculquée par les parents, l’école, la religion ou encore l’expérience de vie. Ces codes et règles permettent théoriquement d’assurer à l’être un comportement sociétal approprié à l’intégration et au « vivre ensemble », et un comportement personnel éthiquement louable. En clair, une fois ces valeurs inculquées, nous sommes en mesure d’agir en fonction de ce qu’on sait « bien » et d’éviter de faire ce qui est « mal ».

Mais en réalité, si l’homme est un excellent donneur de leçon, on observe qu’il peine à appliquer à la lettre un comportement propre. Par nature, il est enclin à s’affranchir des règles. Quelque chose qui est défendu, qui est considéré comme « mauvais » recevra interrogations et désirs. Adam et Eve ne se sont-ils pas fait chasser du jardin d’Eden après avoir goûté au fruit défendu de l’arbre « de la connaissance du bien et du mal » ? Que l’on soit croyant ou non, on réalise que le questionnement des humains sur ces thématiques de « bien » et de « mal » n’est pas récent. L’homme contemporain a également un certain goût pour le plaisir. Et s’il est dépendant, pour survivre, de trois besoins fondamentaux, qui sont l’air, l’eau et l’alimentation, comment expliquer, qu’il ne le soit pas pour bien vivre en s’offrant des plaisirs ponctuels ou réguliers ?

>>> Lire la suite : Numéro 3 - page 31

jeudi 10 janvier 2013

Borderline ou l’art de (ne pas) dépasser les limites

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Texte : Nicolas Chabrier / Photo : Anthony Rojo (DR)

Qui n’a jamais souhaité dépasser les limites, faire l’expérience de la limite ou vivre des expériences limites ? Pour sortir du rang, se sentir différent ou exister intensément, basculer, perdre l’équilibre, goûter à la folie de l’instant. Pour s’affranchir de tout ou juste se sentir libre… Mais une fois au bord de la ligne de conduite, comment maintenir son équilibre pour ne pas tomber ? Car pour ne pas sombrer, encore faut-il savoir s’arrêter.

Il apparaît humain de vouloir parfois désobéir, franchir la ligne, en se moquant des codes, des règles et du jugement des autres. Au-delà de tout trouble médical et de manière plus ou moins consciente, chacun aurait envie de dépasser les bornes, de repousser ses propres limites pour se projeter vers une plus grande liberté d’action ou de pensée. De fait, nous voilà donc tous un peu borderline ! Mais probablement à des degrés divers...

Borderline : un état limite
Hypersensible, hyperémotif et impulsif, le malade atteint de troubles borderline ne peut gérer correctement ses émotions. Il peut ainsi passer, au niveau comportemental et émotionnel, d’un extrême à un autre et ce, de façon imprévisible et brutale.
Etre borderline, c’est littéralement se retrouver au « bord de la ligne ». Ce terme met en évidence une idée de déséquilibre ou de basculement imminent. Il ne faudrait pas y associer, pour autant, de simples signes de rébellions ou des attitudes de doux dingues dont le style pourrait sortir de l’ordinaire. Il s’agit de considérer un « état limite » comme difficilement palpable, mêlant excès et sobriété au cœur d’une étrange normalité.
Si le terme borderline désigne d’abord un trouble psychologique, il qualifie aussi des êtres libres, non conformistes, mais néanmoins réfléchis et conscients du monde qui les entoure.
Néanmoins, le sujet borderline n’est pas dénué de valeurs et son comportement fait appel à de réelles références normatives. De fait, l’éducation, les lois, les perceptions et, par extension, les peurs, envies et désirs, deviennent alors autant de repères sociaux et personnels, avec lesquels il flirte plus ou moins. Toutefois, tout comme la société évolue, les codes qui la régissent bougent constamment. À l’image des « anti-tendances », il oscille alors autour d’une ligne de conduite en perpétuel mouvement. C’est pourquoi être borderline est si compliqué à appréhender.
Là où le marginal va parfois trop loin, à l’image d’une Isabelle Adjani qui séquestre ses élèves pour défendre « la journée de la jupe » au collège (dans le film éponyme), le borderline se positionne sur la frontière (on the border), telle Cécile Duflot qui ose porter une robe à l’Assemblée nationale en essuyant les quolibets de certains députés. Politiquement incorrects, hors du commun, indépendants et quelquefois en avance sur leur temps, les borderline savent bien que « les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux… » comme le chantait si bien Georges Brassens.

Alors qu’est-ce qui les pousse, malgré tout, vers la transgression ou la provocation ?

>>> Lire la suite : Numéro 3 - Page 27

mercredi 26 décembre 2012

Bon pour la casse

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Texte : Le Furet

Qui n’a pas déjà entendu les remarques désobligeantes telles que : « vous ne le saviez pas ? ce type d’équipement est fait pour durer deux à trois ans »  ou pire, « la réparation vous coûtera autant, voire plus cher que d’en racheter un neuf ! »
Ces désagréments récurrents sont dus à un unique phénomène, prévu dès l’origine de la production de masse, pour favoriser la surconsommation : l’obsolescence programmée. Qui s’ajoute à la déjà connue obsolescence technique. Et qui, en plus d’être désagréable et coûteuse pour le consommateur, est aussi un désastre pour l’environnement.
Encore une fois, les éditions Les Liens Qui Libèrent visent juste avec cet ouvrage choc, rédigé par Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université de Paris XI-Orsay, fier partisan de la décroissance.
Bon pour la casse, les déraisons de l’obsolescence programmée, de Serge Latouche, éd. LLL (Les Liens Qui Libèrent)
Pour aller plus loin : Prêt à jeter ou l'obsolescence programmée - Arte - 2011

lundi 17 décembre 2012

Krousar Thmey, défenseur des droits des enfants

Propos recueillis par Delphine Iweins

New-York, 25 octobre 2012. Benoît Duchateau-Arminjon, fondateur de l’association Krousar Thmey*, reçoit le 15eme World Of Children Award, prix Nobel des défenseurs des droits des enfants. Principale fondation d’aide à l’enfance cambodgienne, Krousar Thmey, 21 ans après sa création, a notamment permis de mettre en place le seul programme complet d’éducation pour les enfants aveugles ou sourds du Cambodge. Entre deux voyages, Benoît a accepté une rencontre chaleureuse autour d’un café parisien.

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FACES B : Comment pourriez-vous résumer Krousar Thmey en trois mots ? 
Benoît Duchateau-Arminjon : L’identité, la dignité et l’intégration. Ce sont les valeurs qui prévalent dans nos actions sociales, éducatives ou culturelles. L’identité, tout d’abord. C’est-à-dire être khmer et retrouver sa propre culture, ses racines, par le biais, entre autres, d’activités culturelles et artistiques (arts traditionnels, danse, musique). La dignité ensuite. On n’aide pas des gens en leur mettant une perfusion. On les aide à se tenir debout mais il faut qu’ils le fassent seuls. On ne peut aider les gens que dans la mesure où ils participent à ce mouvement. Ainsi, notre intervention commence directement dans les rues où nous offrons des soins. Les éducateurs invitent ensuite les enfants dans des centres d’accueil temporaire puis cherchent prioritairement à les réintégrer dans leurs familles.
Enfin justement, l’intégration, c'est-à-dire placer des projets éducatifs dans des petites structures afin de les incorporer totalement dans l’environnement. Nous avons, par exemple, formé dès le début des équipes cambodgiennes et le comité exécutif qui est en charge des responsabilités opérationnelles est composé de Cambodgiens. Deux représentants des « anciens enfants » sont membres du conseil d’administration de Krousar Thmey. Ils font partie de la continuité.

>>> Lire la suite : Numéro 3 - page 14

vendredi 14 décembre 2012

Ces citoyens bâtisseurs

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Texte : Marie Barral

Conjuguer logements individuels et équipements collectifs pour préserver l'environnement et tisser des liens solidaires : tels sont les objectifs des initiatives immobilières à l’honneur lors des « Rencontres nationales de l'habitat participatif » organisées en novembre à Grenoble. L’occasion pour FACES B de présenter un projet d'habitat groupé, petite pierre d'une dynamique en pleine expansion...

Dans Mon Oncle de Jacques Tati (1958), la famille Arpel est fière de sa maison suréquipée entourée d'une haute palissade. Ce rêve de l’habitat individuel qui s’étale sans vergogne sur le paysage et grignote les terres agricoles a été usé par les crises écologique, économique et du logement. Aujourd'hui, des citoyens imaginatifs conçoivent eux-mêmes des bâtiments qu'ils partagent et gèrent ensemble. De péché, lorgner chez son voisin est devenu une question de solidarité. Ainsi a commencé l'histoire du Verger de Sylvestre à Palaiseau (91).
En s'apercevant que le terrain voisin risquait d'être vendu à des promoteurs immobiliers, Pierre Jeammes et Véronique Taconet-Jeammes, habitants d'une ville francilienne en plein développement, ont vu resurgir leur vieille idée : monter un projet d'habitat groupé. Aidés par la Ville et le cabinet d’architectes VPBA (Van Panhuys Bais-Architecten), avec d'autres foyers, ils se sont constitués en société civile immobilière pour entreprendre l'acquisition de la parcelle (2735 m²) et obtenir, en octobre, un permis de construire. Les 15 appartements ont été dessinés selon les principes de l'architecture bioclimatique : constructions légères en bois avec isolation renforcée et larges ouvertures vitrées au sud pour capter la chaleur, toitures végétales et panneaux solaires, récupération de l’eau pluviale, etc. Durable, le projet l'est aussi par la conservation d’une maison du début du 20e siècle dont les légataires sont heureux qu'elle ne disparaisse pas avec la vente du terrain.

Une volonté de mixité sociale
Dans le futur Verger de Sylvestre, jardin, cour, salle commune, équipements et talents seront mutualisés. « La proximité des transports en commun et des services du centre-ville limiteront aussi notre empreinte écologique, précise Philippe Laffontas, impliqué dans le projet. Ce n’est pas un habitat communautaire : chaque famille a son logement. Il s’agit plutôt de s’inspirer de la solidarité du village à l’africaine, où chacun jette un œil sur les enfants des autres… En résidence collective où j’ai vécu, il n’y avait pas tant de contacts entre voisins et les tâches communes étaient déléguées à un tiers (concierge, syndic). »

>>> Lire la suite : Numéro 3 - Page 12

lundi 29 octobre 2012

L'actu de l'été en dessins

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Par Loïc Alejandro

Dans le désordre : incendies en Californie, jugement d'un dictateur argentin, disparition de Georges le solitaire dernier représentant de son espèce de tortues géantes des Galápagos, procès Kerviel, Aung San Suu Kyi, rapport Meadows sur les limites de la croissance, interdiction du Cruiser qui tuait les abeilles, élection de Mohamed Morsi en Égypte, révolte des mineurs en Espagne, procès Assange, un général critique la gestion militaire américaine, Fukushima, artiste qui transforme son chat mort en hélicoptère, combats au Mali.

vendredi 19 octobre 2012

Croqués derrière les barreaux

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Bast, dessinateur de bandes dessinées bordelais polyvalent (scénariste, dessinateur et coloriste) est passé par la case prison pendant quatre ans, de son plein gré. D’abord par hasard, puis très vite par conviction, il a animé des ateliers BD à l’attention de détenus mineurs à la Maison d’arrêt de Gradignan. Une expérience humaine puissante que Bast raconte et dessine dans sa prochaine BD « En chienneté »*. En avant-première pour FACES B, il évoque l’univers carcéral tel qu’il l’a approché.

FACES B : Comment t’es-tu retrouvé en prison ?
Bast : C’était en 2004, la responsable des activités de la Maison d’arrêt de Gradignan m’a contacté pour me proposer de conduire un atelier BD l’été, pendant une semaine, dans le quartier des adultes. Elle avait obtenu mes coordonnées par un ami qui y animait lui-même un atelier de travaux manuels. A l’issue de cette intervention, la responsable m’a demandé si ça m’intéressait de mener ce type d’atelier toute l’année, au sein du quartier des mineurs, au pavillon 4. Cette expérience s’est donc poursuivie pendant quatre ans.

Etais-tu familier du milieu carcéral avant cette expérience ?
Eh bien pas du tout, je ne connaissais pas ce milieu. C’était bien toute la difficulté. D’ailleurs, je parle dans mon livre du moment où on m’appelle, et là, dans ma tête, s’agitent tous les fantasmes liés à la prison, tout ce qu’on voit dans les films, tous les trucs qu’on peut gober devant la télé. J’imagine des espèces de brutes épaisses, des maisons sous haute surveillance, avec des miradors, des barbelés, des gardiens avec un flingue à la ceinture... Bref des images complètement exagérées qui se bousculent dans mon cerveau. C’est l’imaginaire qui carbure. Et la responsable m’a gentiment rassuré, m’indiquant que ce type d’atelier se passait toujours bien, sans débordement. N’y participent que les volontaires et les plus « tendus » en sont exclus. Un surveillant reste constamment à proximité, en cas de problème. Elle m’a suffisamment convaincu pour que j’accepte à l’issue de la conversation téléphonique.

Te souviens-tu de ce que tu as ressenti le premier jour où tu t’es rendu à la prison ?
Beaucoup d’appréhension, car j’allais franchir le mur. Rares sont ceux qui passent de l’autre côté, sauf pour de mauvaises raisons. Pourtant, curieusement, dans le hall d’entrée où j’attendais qu’on vienne me chercher, il y avait du monde. Il y avait beaucoup d’allers et venues : des familles, des médecins,  des stagiaires, des visiteurs, des animateurs… Ça brasse quand même pas mal de monde.

>>> Lire la suite : Numéro 2 - page 43

mardi 16 octobre 2012

De l’agitation culturelle dans le calme des campagnes

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Texte : Véronique Zorzetto - Photo : Michel Saint-Marc

Ils sont nombreux les groupes musicaux invités en Lot-et-Garonne depuis 17 ans par l’association Staccato ! Cet acteur du développement culturel en milieu rural, tout en se permettant une programmation sans concession, est devenu incontournable à Miramont-de-Guyenne et alentour.
L’association Staccato est quasiment née de la seule idée que, pour qu’il se passe quelque chose, il faut provoquer un peu le destin. Fans de concerts, Frédéric (l’actuel directeur) et trois comparses se sont pris en main et ont mis tout en œuvre pour en produire sur leur territoire. Les circonstances étaient sans doute favorables. L’un d’entre eux avait ses entrées à la communauté de communes du Pays de Lauzun. À la même époque, le Florida, salle de concert d’Agen, menait un projet nommé « au cœur des campagnes » et cherchait des relais locaux pour implanter des événements de musique amplifiée. Miramont, ville de 3300 habitants entre Bordeaux et Toulouse a mis à disposition son ancien cinéma. Puis, de fil en aiguille, au premier concert d’Edgar de l’Est, ont succédé de nombreux autres, découvertes ou artistes confirmés couvrant toute la palette des styles musicaux, pour que la diversité soit source d’ouverture d’esprit et de rencontres.
L’association reçoit dès le début des demandes de groupes. Ses membres sont présents sur le terrain, travaillent auprès des élus pour fonctionner : trouver des salles, des subventions. Le territoire est sur la route des tournées. Le bouche-à-oreille a bien fonctionné et des artistes de divers horizons ont fait confiance, malgré des lieux de représentations pas toujours adaptés. Evénements après événements, d’une commune à l’autre, Staccato s’est fait un nom, relayé par les médias locaux. Pour faire vivre les quarante dates annuelles dans quasiment autant de lieux et de styles musicaux, trois salariés et une trentaine de bénévoles œuvrent régulièrement autour de cette aventure que rien ne semble arrêter.

>>> Lire la suite : Numéro 2 - page 39

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