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Texte : Axel Bergen / Photo : J.S. Desbordes

Dans le nord du Cameroun, une horde de braconniers traque les éléphants pour leur ivoire. Après avoir décimé le Tchad et la République centrafricaine, ils se sont attaqués au Parc de Bouba N'Djida, le dernier refuge des pachydermes dans la région, au point de menacer la survie de l'espèce en Afrique centrale. Au bout de la chaîne, les marchés asiatiques, où l'ivoire est signe de prestige social.

Ce sont les vautours et l'odeur qui ont attiré son attention. Cette odeur âpre si particulière, qui reste collée au nez et aux vêtements. Un jour de vent portant, sur la plate-forme arrière de son pick-up, Paul Bour a d'abord vu les charognards, en vol circulaire à quelques centaines de mètres de la piste. Puis il y a eu les effluves de viande en décomposition. En remontant le maio* à pied, dans une clairière, il a trouvé cinq carcasses. Trois adultes, mutilés, et deux petits. Ceux qui ont fait ça ne recherchent ni viande ni trophée. A la machette, ils n'ont eu besoin que de quelques minutes pour extraire leur butin : trois paires de défenses. Cinq animaux d'un coup. Ce jour là, Paul décide de donner l'alerte : « les cavaliers sont là ! » La saison avait pourtant bien commencé. Depuis six ans maintenant, ce Lorrain de cinquante-cinq ans gère le lodge de Bouba N'Djida. Il est tombé amoureux de la faune africaine dans ses livres pour enfant. A peine adolescent, il n'avait qu'un rêve : aller là-bas, en Afrique ! Il lui aura fallu vingt ans pour le réaliser. Ici, Paul accueille une clientèle d'expatriés et de routards lassés par les safaris-photos à la mode Disneyland. Dans ce parc paisible de 220000 hectares aux confins du Cameroun, du Tchad et de la République centrafricaine, il n'imaginait pas que les cavaliers se risqueraient si loin.

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