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Texte : Le Furet et Vincent Michaud / Photo : fairelafeteabordeaux.com

Au cœur même des villes les caf'conc brisent le silence et offrent une alternative à la médiocrité de la majorité des abreuvoirs de nuit. Aux manettes, des passionnés qui entendent aujourd'hui les sons que nos oreilles adopteront demain. Peu de ces lieux entrent dans les cases des gestionnaires de l'action culturelle «officielle», c'est donc fréquemment sans subventions, mais avec beaucoup d'imagination qu'ils s'emploient à renouveler leur «proposition artistique». Leur rôle s'avère essentiel dans l'éclosion des nouveaux talents de la scène indépendante, folk, rock, électro ou encore hip-hop. Nous avons approché deux de ces creusets, une cave voûtée en sous-sol typique de l'underground bordelais et un cousin parisien, îlot indépendant niché au cœur d’une rue calme, à deux pas de l’effervescence de la Villette. Au micro, les deux programmateurs, Xavier Chabellard du Saint-Ex (Bordeaux) et Nicolas Jublot de l’Espace B (Paris).

BORDEAUX : LE SAINT-EX
Genèse
En 2005, avec Jean-Marie, l'ancien gérant du Zoo Bizarre (ndlr : salle mythique bordelaise dédiée à l'underground de 1997 au milieu des années 2000), associés à deux autres personnes, nous avons sollicité des banques pour obtenir un prêt. C'était pourtant avant la crise, mais elles refusèrent. Un courtier nous a permis d'obtenir le budget prévisionnel plus ou moins souhaité. Nous avons été surpris d'y arriver car nous venions d'un milieu culturel associatif, pas forcément reconnu.

Identité, esprit
Nous sommes positionnés sur l'émergence artistique, même si cela sonne professionnels de la culture ! Nous constituons le premier maillon de la chaîne du spectacle vivant, avec le désir de soutenir les artistes.
Nous pouvons nous comparer à un micro-label indépendant, conscient de ses limites, mais pouvant affirmer que ne pas vendre 500 000 exemplaires n'interdit pas d'exister !
Notre base line c'est «musique et à boire», pas mal déjà comme promesse ! Nous ne souhaitons pas nous prévaloir d'une philosophie au ras des pâquerettes, mais au public de la définir.

Réussir sa programmation
Il m'arrive de penser que ma programmation nourrie d'enthousiasme va être géniale… pour 15 personnes présentes dans la salle ! Impossible de pérenniser sinon en perdant une partie de son indépendance. Sans aides financières, la survie passe par la vente de boissons.
Par rapport à nos débuts, la programmation s'appuie plus sur la scène bordelaise très spontanée.
Pour ne pas s'enfermer dans le syndrome du club de jazz, il faut aller chercher le public, se régénérer. Pas besoin de réaliser des études, nous voyons les gens. Ça peut être bien aussi de déplaire, d'avoir un avis tranché, tout ne se vaut pas.

Les découvertes, la nouvelle donne internet
J'écoute sur Bandcamp nombre de groupes glanés ici ou là. Myspace a plus ou moins révélé des milliers de groupes. Internet a fait exploser la proposition déjà énorme des réseaux. Bandcamp épure, tout comme Soundcloud pour l'électro. Les gens rejoignent des niches, avec une communauté d'esprit.
On s'est aperçu que les groupes dénichés sur Internet étaient en avance sur les anciens réseaux. Ils proposent régulièrement des nouveaux morceaux ou des vidéos. Des pays où il existait peu de groupes, comme l'Italie et la Grèce deviennent des niches. La mise en relation se fait aussi grâce aux groupes qui tournent dans ces pays. Le garage est une musique universelle, non pas parce que plus facile à jouer, mais parce qu'elle se pratique à l'instinct.

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