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Texte : Véronique Zorzetto - Photo : Frédéric Linget

Il est des voyages qui nous transportent vraiment. Le retour de Fred en France est de ceux-là. Le 28 juin 2008, il est parti de Bangkok à vélo. Après un an et 20 000 kilomètres de rencontres et de découvertes, il a retrouvé la maison familiale, non sans avoir sensibilisé sur son passage à la problématique du réchauffement climatique et des gaz à effet de serre.
Pour rentrer de Thaïlande après avoir vécu 10 ans en Asie, Frédéric a décidé de ne pas prendre l’avion. Il a une bonne condition physique et ne veut plus augmenter son empreinte écologique. Il sait que la pollution générée par les transports représente quasiment 30 % de la production de gaz à effet de serre générés par l’activité humaine, et dans cette addition la part du trafic aérien est en constante augmentation. Ses  quelques « aventures bicyclétales »* précédentes ont été positives. Il décide donc de parcourir les milliers de kilomètres qui le séparent de Châteaudun (Eure-et-Loir) sur son beau vélo costaud choisit avec soin pour l’occasion. Ça tient la route : ce n’est pas une lubie d’intégriste bobo en caleçon bio, mais la réponse pragmatique au problème qui se posait à lui. L’engagement est pris, pour lui-même et pour les autres. La sensibilisation passe par l’exceptionnel : pédaler de la Thaïlande à la France, en expliquant sur le chemin ce qu’on fait là, où on va et pourquoi.

« C’était évident : je rentrais chez moi ! »
Quelques mois de préparation ont été nécessaires pour réunir l’équipement. Quelques coups de bol et un rien de ruse ont permis d’obtenir  les visas pour ce voyage qui ne peut être simplement réduit à un déplacement. Dix-huit pays à traverser équivalent à quelques soucis administratifs, mais finalement pas tant que ça au regard des circonstances (les JO en Chine, la pression au Tibet, les relations diplomatiques avec l’Iran suite aux propos de Nicolas Sarkozy…). Pas un seul de ces proches ne lui a dit qu’il était fou, ce n’était donc sans doute pas le cas et ce soutien a rendu les choses évidentes.

« Un an, ce n’est pas très engageant ; des années, on en vit plein. »
Pour un déplacement de cette nature, il faut arriver à bien caler le départ, de façon à éviter un hiver dans l’Himalaya. Les premiers coups de pédales ont été accompagnés  par des amis à l’été 2008 au milieu de la circulation dangereusement stressante de Bangkok. Mais il semble que quand on a 20 000 kilomètres à parcourir à vélo, on aborde les choses avec philosophie. Le trafic a rapidement laissé place au calme des paysages de rizière. Et les sourires des thaïlandais accompagnent Fred jusqu’à son arrivée au Laos, dont la traversée jusqu’au Vietnam prend quelques jours.  Il reste dans ces pays des traces de « la guerre américaine », selon l’appellation locale, des bombes qui tuent encore. Les premières montagnes apparaissent sur le parcours, mais à vélo la mauvaise qualité des routes est source de plus de tracas que leur pente.
Il n’est nul besoin de connaître parfaitement une langue pour communiquer avec quelqu’un quand on en a l’envie et le temps. Le mime est bien sûr une compétence indispensable qui permet de s’en sortir dans toutes les situations, même en Chine, le pays des pertes de repères. C’est après cette mise en jambe de quelques 4 000 kilomètres que Frédéric rejoint le « toit du monde sous occupation ».  Au Tibet qu’il a traversé en un petit mois  (et 26 000 m de dénivelé !), il a apprécié la modération des Tibétains face à la nature, nature rude à cette altitude. Il a rencontré sur sa route des voyageurs bien étranges : une famille de pèlerins en route pour Lhassa : « Tout d’abord il y a ces sortes de semelles en bois qu’ils se mettent autour des mains, ils les claquent bruyamment devant leur front, puis devant leur poitrine, et ils se jettent ensuite à terre avec une réelle souplesse. Avec l’élan ils glissent sur environ 30 à 40 cm, d’où la protection généralement en cuir sur le devant de leur corps et en pneu sur le bout de leurs chaussures. Ils restent ainsi à terre quelques secondes, puis se relèvent, puis font deux pas, puis recommencent … sur des centaines de kilomètres, pendant des mois, parfois pendant des années. »

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