Texte : Cyril Jouison / Photo : Anthony Rojo 980721_10201443053985176_514420248_o.jpg Avec ce nom qui résonne comme un hommage indirect aux antiques disques vinyles (galette noire émettant de la musique que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître), quand il faut traiter du phénomène vintage, FACES B creuse forcément le sillon. Le vintage donc ? C’est, avant tout, une question de millésime. Au départ en œnologie et, très vite, dans de nombreux domaines de notre vie quotidienne. Explications sur l'invasion vintage : millésimez-moi, oui mais pas tout de suite, pas trop vite.

C’est un signe des temps. Dans une Coccinelle cabriolet nouvelle mouture, un jeune quinquagénaire trimballe sa belle amoureuse. Les deux, cheveux au vent, portent, pour lui, des Ray-Ban Wayfarer et, pour elle, des lunettes françaises de la marque aux deux C entrecroisés en mode Jackie Kennedy. Tous deux écoutent Ben l’oncle Soul. Heureux d’être là. Après un milk-shake dans un bar jazzy, ils comptent bien aller voir le dernier film de Baz Luhrman, Gatsby le Magnifique. Voilà, le conte est bon. Le décor est planté. Nous vivons dans une société « vintageophile ». Ce néologisme en dit long sur notre état psychique. Dans cette période de crise, le citoyen-consommateur se rassure en retrouvant les œillades délicates d’un passé collectif. Tout y passe : l’art, la consommation et même la politique.

Nostalgie artistique

L’expression artistique est moteur du phénomène. Très rapidement, dans toutes les formes d’art, le vintage a imposé sa place. En musique de nombreux tubes sont repris. Faire du neuf avec du vieux. La bande FM en regorge. Même Je l’aime à mourir de Francis Cabrel a été réinterprété par Shakira, la pom-pom girl colombienne. Dans le même temps, les tournées « Âge tendre et têtes de bois » remplissent les salles de France et de Navarre. Elles sont combles de personnes comblées. La musique nourrit sa force dans la nostalgie. Les producteurs l’ont bien compris. La recette réchauffe les plats et le disque vinyle retrouve sa place dans les bacs. Le cinéma répond aux mêmes préoccupations. Le 15 mai dernier, Baz Luhrman, le pétillant réalisateur de Moulin Rouge, propose sa version de Gatbsy le Magnifique. Leonardo Di Caprio et Carey Mulligan répondent à Robert Redford et Mia Farrow, quarante ans plus tard. Ce roman de Francis Scott Fitzgerald avait déjà été porté à l’écran en 1926 par Herbert Brenon. Dans cette industrie-là aussi, les icônes des années 50 et 60 continuent de faire rêver. Delon, Dean, Monroe, Taylor, Mac Queen s’invitent encore et toujours. Dans l’industrie du loisir, le vintage s’immisce également dans les applications de nos téléphones intelligents. Pour prendre des photographies numériques, il suffit de les encanailler avec des effets - eux-mêmes numériques - pour donner l’impression d’une imperfection argentique. Le comble du comble : salir une image trop lisse pour la rendre plus authentique. Dans notre société du spectacle, nous passons de la salle aux soldes. Du théâtre aux linéaires. Sans transition.

Consommer vintage rassure

La consommation est indissociable de nos sociétés occidentales. C’est un fait. Sans jugement de valeur. Dis-moi comment tu consommes, je te dirai qui tu es. Le vintage, depuis une grosse dizaine d’années, devient une façon d’afficher son rapport à l’acte consumériste. Quelle possibilité s’offre alors à « l’homo-consumerus » ? La Crise, avec un énorme C, vient ajouter son grain de sel à cette affaire pimentée. Le vintage, d’une manière générale, se décline sous des formes complémentaires. Comme si Proust s’alliait à Levi Strauss, le faiseur de denim.

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