Nous avons une cabane en nous. Un abri que notre cœur a bâti là au bout de ce chemin. Elle est une parenthèse, une encoche dans le temps, un endroit où nous le regardons passer. Nous y vivons au rythme des saisons, réveillés par le jour, endormis par la pluie, apaisés par la neige. Sous son toit, nous nous retrouvons, étonnés de découvrir nos gestes précis, fonctionnels, conscients et gracieux. L’inutilité, le futile a peu de place au milieu de ces murs de bois. Les objets sont beaux de leur matière et de l’usure due à leur usage. Nous pouvons les entretenir, les réparer ou nous résoudre à les jeter. Nous les touchons avec plaisir, en ressentant la simplicité et la solidité. Ils semblent comme nous vivre ici une vie de lenteur, de sourires et de plaisirs.

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Ils ne nous encombrent pas, ils sont là pour simplifier le geste, sans technologie compliquée. Nous avons décidé de n’avoir aucun objet dont la technologie soit postérieure à 1990. Micro-ondes, ADSL, écrans plats, clefs USB, DVD, encombrant notre vie citadine, en sont donc exclus. Nous avons disposé une boîte à l’entrée, dans laquelle nous rangeons les téléphones portables, hors de notre vue. Nous apprécions que nos visiteurs en fassent de même.

La cabane est construite en bois, un matériau facile à mettre en œuvre, que les scieries proches peuvent nous délivrer. Il stocke en lui ce carbone que l’on ne veut pas laisser s’échapper. De forme simple, la cabane est petite avec ses deux pièces à l’ambiance rustique. Les meubles sont fabriqués avec des éléments récupérés dont nous avons détourné l’usage. Ils sont recoupés, poncés, relookés comme par jeu. Les matières sont vivantes, authentiques et tendres pour nos yeux et nos corps. Six personnes peuvent y dormir dans des lits superposés et un grand lit. Une longue table nous permet de préparer une cuisine simple et de jouer avec les petits. Elle se transforme en établi pour faire place aux travaux manuels. La tribu, que nous formons avec les petits, dessine, peint au milieu des rires ou des chants. La lumière est douce en notre cabane, filtrée par les arbres proches, mais ce sont surtout les sons dont nos sens s’émerveillent. La cabane craque, chante sous le vent, les oiseaux griffent le faîtage de leurs pattes et accompagnent nos réveils de leurs chants ensoleillés.

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Le bout du chemin nous permet d’avoir l’eau et l’électricité. Nous nous chauffons avec un poêle à bois. Nous vivons dans la grande pièce et sur les terrasses en bois qui en doublent la surface au sol. Il fait bon en journée, en choisissant l’ombre ou le soleil, s’y prélasser, s’occuper de préparer nos cueillettes et nos récoltes. Installés dans des fauteuils en bois ou des chaises longues en tissu coloré, nous dominons un jardin exubérant, où l’osier tressé, découpe les volumes par son feuillage. Il compose des tonnelles, parasols et haies qui permettent de s’isoler, de se cacher et de rêver. Notre cabane nous permet de voyager hors du temps, au cœur du temps. Nous nous sentons en elle si présents, tout comme elle est si présente en nous.

Texte de Marie-Pascale Mignot & Bruno Hingray