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Pourquoi Cuba est-elle devenue la destination tendance ? Sans doute parce que grâce à son histoire tumultueuse, l’île a su garder son authenticité. Pas encore de Mac Do, ni de Starbucks café. De vieilles voitures américaines, de la musique partout et tout le temps, une population chaleureuse et métissée. C’est tout un pays qui a échappé à l’uniformisation et garde ainsi une identité originale.

La situation géographique de Cuba dans les grandes Antilles, à la confluence de la mer des Caraïbes, du golfe du Mexique et de l’océan Atlantique, au sud du tropique du Cancer, assure un climat tropical rendu plaisant par les alizés. Ses plages magnifiques (sable fin et eau translucide garantis) et sa végétation extrêmement variée en font une destination touristique idéale. Quand vient la saison des orages, le ciel est impressionant… Aller à Cuba, c’est faire un saut dans le passé, échapper à l’addiction à internet (la connexion n’est possible qu’à proximité des grands hôtels, peuplés la nuit de centaines de jeunes éclairés par le bleu de leurs écrans), redécouvrir la joie des rencontres, de la lenteur et du plaisir de vivre. L’accès aux journaux étrangers est impossible, la poste met plus d’un mois à acheminer les cartes postales, la télévision locale diffuse essentiellement des telenovelas sirupeuses. Vous serez ainsi comme coupés du monde, attentifs de ce fait à l’ici et maintenant.

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Un peu d’histoire

L’histoire de la plus grande île des Caraïbes est si riche et si complexe qu’on se contentera d’en indiquer les grandes lignes. « Découverte » par Christophe Colomb en 1492, et revendiquée dès lors par l’Espagne, l’île est peuplée d’indiens Taïnos et Ciboneys qui seront réduits en esclavage et décimés par les maladies. S’ensuit une « importation » d’esclaves d’origine africaine, principalement du Nigéria, qui durera de 1511 à 1886, et fournira la main d’œuvre nécessaire à d’immenses plantations de café et de cannes à sucre, les réserves d’or de l’île ayant été rapidement épuisées. Une brève occupation anglaise au XVIIIe s’achèvera par l’échange de l’île contre la Floride. Des pirates français venus de Saint-Domingue viennent en 1800 infester ses côtes. Une série de rébellions au XIXe siècle aboutira, après une guerre hispano-américaine, à l’indépendance de Cuba en 1902. La première moitié du XXe siècle est marquée par une dépendance économique très forte vis-à-vis des États-Unis, dont la mafia transforme La Havane en capitale du jeu et de la prostitution dans les années 50. En 1959, le dictateur Batista est renversé par les révolutionnaires de Fidel Castro et du « commandante » Che Guevara (qui prendra la fuite en 1965). Les grandes sociétés sont dissoutes et les grands propriétaires terriens expropriés, provoquant en 1962 l’instauration d’un embargo américain toujours effectif. Les belles demeures de La Havane sont morcelées en appartements. Le soutien de l’URSS engendre différentes crises (Baie des cochons, 1961, Crise des missiles, 1962). L’effondrement du bloc soviétique en 1990 ouvre la « période spéciale » qui voit, par nécessité, renaître l’agriculture vivrière et impose une gestion des ressources naturelles plus éco-responsable. Cuba est à ce jour, et ce depuis 1976, une République Socialiste présidée par Raùl Castro (dont on vient de fêter les 85 ans), qui a succédé à son frère Fidel en 2006. La récente « ouverture » au tourisme international (américain en particulier) relève sans doute plus de la nécessité économique que d’un assouplissement du régime politique.

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Vie quotidienne

Si le billet d’avion est relativement cher, la vie à Cuba est plutôt bon marché pour un visiteur averti. Il faut toutefois s’acquitter d’un visa et d’une assurance pour la durée du séjour. Le mojito est au même prix que la bouteille d’eau, et le rhum est d’excellente qualité. Pour l’hébergement, évitez les hôtels qui ne présentent pas grand intérêt, et préférez les « casa particulares », logements chez l’habitant signalés par un sigle signifiant qu’elles sont officialisées par le gouvernement. Il vous en coûtera 30 euros la nuit, petit-déjeuner délicieux inclus (fruits exotiques, tortilla, thé, café, crêpes, etc.). Cuba possède un système de double monnaie : le « peso convertible » (CUC) qui équivaut à peu près à un euro, et la monnaie nationale (MN), qui vaut 25 fois moins. Il faut garder à l’esprit que le salaire moyen mensuel à Cuba est de 30 euros, ce qui rend le visiteur européen fort riche par rapport à la population. Le touriste paiera au prix fort les spectacles de danse, le cinéma, les concerts et les musées, quand ils ne coûtent que quelques centimes à la population. La carte bancaire n’est d’aucune utilité dans le pays, même s’il existe quelques distributeurs d’argent. Il faut se munir de liquide et de patience car l’attente dans les bureaux de change peut être de plusieurs heures. Attention ! Si l’on vous rendra parfois la monnaie en MN, les Cubains apprécient peu que les visiteurs les paient dans cette monnaie. Réservez plutôt vos MN pour les pourboires… Les magasins, nombreux dans le quartier Habana Viejà autour de la calle Obispo (la rue Sainte Catherine locale), sont pratiquement vides. L’artisanat est de piètre qualité, même si un entrepôt près du port abrite des centaines de stands de peintures. Outre les célèbres cigares et l’incontournable rhum, on pourra ramener des casquettes et des sacs à l’effigie du Che et des instruments de musique traditionnels. A l’attention à la gente masculine : le port de la barbe, vu sa résonance politique, est fortement déconseillé, surtout si vous vous affublez d’une casquette kaki à étoile rouge. Seuls quelques hipsters la portent, avec le look adéquat. L’approvisionnement en nourriture reste complexe, même si les fruits et légumes abondent, les produits sont soumis à des tickets de rationnement. La nourriture est assez simple, à base de riz brun et de haricots noirs, avec de la langouste et des crevettes pour des prix modiques. Les plats sont étonnamment peu épicés pour cette région du monde. De très nombreux « paladres » vous permettront de vous restaurer agréablement pour quelques pesos. L’eau du robinet n’étant pas potable, le budget « eau » est un important poste de dépense. Un cola local permet aussi de se désaltérer, ainsi que des jus de toutes sortes. Le café, que les Cubains boivent très sucré, est délicieux.

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Le charme désuet de La Havane

Fondée au XVIe siècle par les Espagnols, La Havane est une très grande ville (2,4 millions d’habitants pour une superficie de 720 km2) constituée de plusieurs quartiers très divers dont Miramar, le quartier chic des ambassades, Habana Vieja, le centre historique autour du Capitole et Vedado, autour de l’université. Dans les rues défoncées, une circulation dense de vieilles américaines qui servent de taxis collectifs pour 10 pesos de monnaie nationale. Les maisons à colonnes d’origine coloniale sont peintes de couleurs vives et ornées de balcons. La décrépitude donne à l’ensemble un charme très particulier et très photogénique. Se promener dans La Havane est une expérience délicieuse à toute heure, et en toute sécurité, car de nombreux musiciens se produisent aux terrasses des cafés, dans les restaurants et les clubs. Les transports en commun, bus appelés « guaguas », sont peu onéreux mais bondés et les horaires sont pour le moins aléatoires. On peut emprunter des vélo-taxis à la lenteur plaisante. Dans le centre historique, on écoutera des concerts sur la plazza Vieja, entièrement restaurée. Les deux musées des Beaux Arts offrent des collections intéressantes, en particulier des Wifredo Lam, peintre cubain inspiré par le cubisme. Toutefois les photographies sont interdites et les cartes postales inexistantes. Original et mystérieux, le musée de la Santeria présente les différents dieux de cette religion faite d’un mélange syncrétique entre la religion Yoruba et les saints catholiques. L’endroit fait aussi office de lieu de culte mais il est impossible d’assister aux cérémonies. La nuit, « the place to be » s’appelle La Fabrica, un lieu immense où se mêlent les concerts de rock ou de reggaeton, les expositions d’art contemporain, les spectacles de danse, les performances. Cubains et étrangers peuvent boire et discuter librement autour d’un mojito, d’un cuba libre ou d’une piña colada, danser ou rêver. Sur les murs de la ville, des tags géants rappellent l’histoire révolutionnaire de Cuba, avec des slogans à la gloire du peuple, des portraits de Che Guevara. Dans les environs de Cuba, un grand panneau déclare que l’embargo a provoqué le plus grand génocide du XXe siècle. Dans les jardins trône le buste de José Marti (1853-1895), écrivain et patriote, qui a beaucoup fait pour l’indépendance du pays. Nulle allusion à la figure de Fidel Castro, ni à celle de son frère Raul. De politique… on ne parlera pas avec les habitants. Des indics dans chaque quartier renseignent le gouvernement, aussi les Cubains sont-ils extrêmement discrets concernant les difficultés de leur vie quotidienne. Le prix du visa de sortie est pour eux prohibitif et les formalités pour l’obtenir fort complexes. Aussi l’île est-elle la plus belle des prisons à ciel ouvert, et les Cubains très heureux d’avoir par votre intermédiaire des nouvelles du monde extérieur. Toutefois, le système éducatif et le système de santé fonctionnent bien. A l’extérieur de la ville, la maison d’Hemingway (il fait là-bas l’objet d’un véritable culte), transformée en musée, est entourée d’un parc magnifique et le jardin botanique propose des collections de palmiers, cactus, orchidées. Côté drague, si vous cherchez l’âme sœur, ne soyez pas étonnés que les Cubains soient muy caliente ! Faites attention à vous, ils et elles passeront très vite de « Que guapa ! » à «Que linda ! »… et du simple clin d’œil au lit, il n’y aura pas très longtemps. Soyez donc vous aussi francs et directs quant à la nature de vos intentions ! Si vous êtes tentés par les rencontres de hasard, allez traîner la nuit le long du Malécòn, c'est très beau et extrêmement sympa, et sachez que le Cubain peut aussi être délicat et romantique, avec fleurs et sérénade à la clé. Toutefois, passé une certaine heure, rester sur le muret du Malecòn, c’est accepter tacitement d’y regarder le lever de soleil, donc à vous de voir… On peut y discuter très librement, dans la pénombre.

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Une nature préservée, une population formidable

L’île est vaste (presque 110 000 km2) et les temps de trajet assez longs, mais cela vaut la peine de sortir de La Havane pour profiter des plages et admirer une nature verdoyante, faite d’une alternance de plantations de café, de tabac, de cannes à sucre et de forêts de bambous, de palmiers, de flamboyants. L’embargo et l’effondrement du bloc soviétique ont fortement limité l’usage des pesticides et la mécanisation de l’agriculture. Le gouvernement a créé plusieurs réserves naturelles qui garantissent la biodiversité. Aucun serpent venimeux ni insecte dangereux à Cuba, quelques crocodiles un tantinet agressifs. Au sud de l’île, la ville de Trinidad à l’architecture coloniale offre un visage extrêmement plaisant, avec des rues grossièrement pavées où claquent les sabots des chevaux, un marché artisanal de qualité, des maisons de toutes les couleurs. Les habitants sont très accueillants et il est agréable d’aller danser le soir à la maison de la Samba, de faire des randonnées à cheval dans les collines environnantes, de se baigner dans une mer turquoise et translucide. L’île offre bien d’autres lieux intéressants, en particulier pour faire de la plongée, mais un séjour de deux semaines ne m’a pas permis d’en apprécier les charmes. La population de Cuba est plutôt jeune, et toutes les couleurs de peau sont représentées. Blancs, noirs et mulâtres se côtoient constamment sans discrimination visible. Cela permet de se fondre dans la masse, même si votre accent trahira votre origine étrangère. Les Cubains sont majoritairement patients et gentils, curieux de l’autre et extrêmement inventifs lorsqu’il s’agit de gérer les difficultés de tous ordres qui président à leur quotidien. Vivre à Cuba, c’est être capable de transformer le plomb en or, les tacots en voitures splendides, le désespoir en chansons, l’oppression en qualité d’accueil, la pénurie en énergie vitale.

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Cuba… pas encore « libre » est ainsi une destination singulière et authentique où souffle, en ces temps incertains, un rafraîchissant vent de … liberté !

A lire, voir et écouter avant le départ :

Hasta Que Se Seque el Malecón de Jacob Forever, Planet Records Vampiros en La Habana film d’animation de Juan Padron, 1985 La Douleur du dollar, roman de Zoé Valdès, Actes Sud, 1997 Suite caribéenne, Corto Maltese, de Hugo Pratt, Casterman, 1990 Viva Cuba ! 28 septembre 2016, suite documentaire, Arte et France 24. Buena Vista Social Club, film de Wim Wenders, 1999

Texte de Sophie Denis